Le monde mord

Récit, espoir, zombies… 3 mots parmi les7 que m’ont donné 7 personnes prises au hasard pour écrire ce qui suit:

Même si je n’ai pas tout compris du discours du président du monde j’ai bien retenu une phrase : il n’y a plus d’espoir. C’était un soir (ou un matin, je ne sais plus) sur World TV ONE.

Même si je n’ai pas tout compris du discours du président du monde j’ai bien retenu une phrase : il n’y a plus d’espoir. C’était un soir (ou un matin, je ne sais plus) sur World TV ONE.

 Son menton tombait sur sa poitrine, sa mâchoire tremblait. La cravate rouge qui le caractérisait – impeccable d’habitude – était de travers, le nœud relâché. Sa tête baissée laissait voir des cheveux clairsemés sur son crâne presque dégarni. J’aurais juré qu’il pleurait mais je ne voyais pas ses yeux. C’est un détail qui aurait fait mouche dans mon article.

« Mais à quoi bon penser écrire un article ?» me suis-je dit en mettant mon plus beau costume. celui que je me réservais pour le prix plumitzer.

Je n’écrirai peut être plus jamais d’article : Le monde tel que nous l’avions connu est bientôt fini. L’humanité est en train d’être anéantie par ceux que l’on nomme les mordus. Moi je préfère les appeler « zombies.» Je trouve ce vocable plus cool. Mais mon rédacteur en chef; du temps où j’en avais un; trouvait ce terme galvaudé.  « La télé, le cinéma et la littérature en ont abusé. » qu’il disait.

N’empêche, j’aimais bien. Mais il y a un point sur lequel je rejoignais mon boss quand il refusait que j’appelle ces gens zombies : ce n’étaient pas des morts qui se régalaient des vivants; les macchabées ne revenaient pas à la vie.

A cette époque la menace était encore isolée. Le premier cas de l’épidémie cannibale avait été détecté dans un hôtel japonais.

Pete Kobayashi; l’entrepreneur qui avait révolutionné l’industrie du cinéma en créant les premiers films en hologrammes; se serait réveillé avec une envie anthropophage.

Pete Kobayashi; l’entrepreneur qui avait révolutionné l’industrie du cinéma en créant les premiers films en hologrammes; se serait réveillé avec une envie anthropophage.

 La caméra de leur sextape confirme qu’il se jeta sur sa compagne endormi – un mannequin transsexuel blond avec des jambes de 2 mètres de long – et la bouffa fraîche et vivante. Des cheveux aux chevilles. Quand les robots de chambre l’on surpris les coups de dents de Kobayashi rimaient avec les spasmes d’agonie de sa victime. Les 4 agents de police lancés à sa poursuite racontent qu’au moment où ils firent irruption dans son palace sous-marin “il s’est jetté sur nous au lieu de fuir. Il avait le visage maculé de sang et il cherchait à nous mordre”.

Kobayashi eut plus de chance avec son compagnon de cellule. Le pauvre bougre s’est réveillé un matin ligoté, bâillonné et avec une jambe en moins. Les gardes pénitentiaires, alertés par les gémissements du supplicié, ont découvert Kobayashi qui avalait les derniers bouts de chair sur le tibia qu’il tenait entre ses mains ensanglantées. Le sang sur ses lèvres était encore frais pendant qu’ il expliquait  s’être « contenté d’une jambe dans le souci d’économiser sa réserve. » Selon les gardes, il n’avait pas l’air d’entendre son codétenu qui gueulait comme un porc mal égorgé.

Kobayashi n’a finalement pas été jugé : un gardien lui a mangé le cœur 2 jours plus tard.

Le cas Kobayashi a été tout de suite oublié. La faim de chair humaine fraiche avait gagné d’autres personnes dans le monde. Le scénario était le même: le mordu se réveillait avec une forte envie de chair humaine et se jetait sur le premier bout de viande vivant. En deux semaines des villes cannibales sont nées en France et en chine. Des clans se formaient pour aller à la chasse aux humains. L’armée mondiale était débordée: Il fallait protéger la population, anticiper sur les naissances de foyers cannibales alors qu’aucun signe particulier ne les annonçait. Comment décider qu’une zone où une autre était propice aux colonies cannibales ?

Sur le terrain, les groupes se reconnaissent à leur arme de prédilection qu’ils dessinaient sur leurs vêtements ou se faisaient tatouer. Les japonais, en bon esthètes préféraient le sabre et les russes la hache (la kalachnikov laisserait un arrière-goût su la viande). En Afrique la machette était privilégiée. L’Amérique du nord a vu naitre ce que j’appelle les ECA. Entendez Etats Cannibales d’Amérique. Comme dans toute industrie, ils venaient de surclasser le reste du monde.

Et puis un jour, on n’a plus vu d’armée.

« Je pense qu’ils se sont entre-bouffés. » a dit ma femme. Elle a peut-être raison. Moi je n’ai jamais su quoi en penser.

D’ailleurs ça n’avait plus d’importance.

Le mouvement cannibale était entré depuis dans son âge d’or. En 6 mois, le tiers de la population mondiale avait été dévoré par ses pairs.

Les proies manquaient.

Si j’avais été tête de file d’un mouvement de mordus, j’aurais créé des élevages d’humains. La reproduction en masse de ceux-ci aurait assuré la substance de ma tribu. Mais « crocs dehors ne doit point avoir de cerveau… » et  attendre 9 moins qu’un enfant naisse, puis des années qu’il devienne mature et consommable devait être un supplice pour les mordus.

En mal de chair en masse, les membres des groupes ont finis par s’entre dévorer eux aussi. En une semaine il n’y avait plus de colonie organisée. Maintenant c’était des charognards en quête des derniers humains terrés  dans des bunkers de fortune qui servaient aussi de pièges selon les cas. Certains à défaut de proie mangeaient un bout de leurs propres membres pour tenir le coup…

***

Tapis dans ma cave; d’où j’écris ceci; j’ai décidé d’assurer ma propre sécurité. J’ai planté tous les clous que j’ai pu trouver dans une vieille batte de baseball. Je l’ai baptisée lucille : comme dans le comics walking dead. J’ai mis des gants en cuir pour ne pas avoir mal quand je frapperai avec.

Et depuis j’attend.

Le premier enfoiré de mordu qui passera ma porte, j’en ferai de la chair à bouffer pour ma femme et mon fils; pour le moment où eux aussi seront pris par l’envie de manger de l’humain. Moi je serai sans doutes déjà mort, dévoré. Je préfère que ce soit ma famille qui s’en charge. Ils pourront se servir les mordus que je réduirai en bouille au dessert. Y penser me fait sourire et je serre Lucille.

Et j’attends…

Mais pas longtemps : ils toquent déjà à ma porte. Je serre lucille entre mes doigts au point d’arracher mes ongles. Je n’ai pas le temps de m’en rendre compte: ils ont défoncé la porte de la cave. Je cours au-devant d’eux.

Si je leur survis je viendrai finir ce récit.

Si je leur survis je viendrai finir ce récit.

FIN

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